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Pollution chimique en Tunisie

Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 10 décembre 2025 — question n°4

agriculture industrie chimique pollution

Mme la présidente

La parole est à Mme Nathalie Oziol.

Mme Nathalie Oziol

À Gabès, en Tunisie, la population étouffe et la France est complice. Depuis septembre, l’hôpital de Gabès voit exploser le nombre de patients pris en charge pour intoxication au gaz. Au moins 310 personnes ont été hospitalisées pour des difficultés à respirer, dont une cinquantaine de lycéens et une trentaine de collégiens. Ces intoxications sont causées par le Groupe chimique tunisien, spécialisé dans la transformation du phosphate, qui rejette des gaz toxiques dans l’atmosphère et entre 10 000 et 15 000 tonnes de déchets chaque jour dans la mer.

La transformation du phosphate permet de produire plusieurs engrais, notamment le DAP 18-46. Où sont exportés ces engrais aux conditions de production désastreuses ? En France, par un groupe industriel français en particulier, le groupe Roullier, dont la filiale Phosphea est implantée sur le site de Gabès. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Or les autorités françaises n’ignorent pas le coût sanitaire et environnemental de ces importations depuis Gabès. En juillet 2017, l’ambassadeur de France en Tunisie a en effet annoncé un soutien au projet de dépollution du golfe de Gabès. Notons au passage que l’ancien ministre des pesticides, Marc Fesneau, a accueilli dans son cabinet l’ancien directeur général de la stratégie de Roullier.

M. Marc Fesneau

Pourquoi tant de haine ?

Mme Nathalie Oziol

Depuis dix ans, la France a laissé la situation empirer.

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Gabès après la grève générale décrétée par l’Union générale tunisienne du travail. Ces manifestants pacifiques ont été violemment réprimés, comme chaque mouvement de protestation citoyen, politique ou syndical l’est en Tunisie. Avec mon groupe La France insoumise, nous disons notre solidarité avec le peuple tunisien et les victimes de la répression du régime autoritaire de Kaïs Saïed. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Monsieur le ministre des affaires étrangères, pourquoi la France ferme-t-elle les yeux sur l’implication du groupe Roullier à Gabès ? Allez-vous agir pour que la France cesse d’être complice de l’intoxication des sols, des eaux et des habitants en Tunisie ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Mme la présidente

La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Madame la députée, je vous invite à écouter vos propos. Vous parlez de la Tunisie, mais pour commencer, vous accablez une entreprise française et vous poursuivez en pointant du doigt le président d’un groupe parlementaire de cette assemblée. Est-ce bien responsable ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et DR.)

Les manifestations et le mouvement social qui ont lieu à Gabès en Tunisie pour protester contre la situation environnementale sont une affaire tunisienne,…

Mme Danièle Obono

Nous parlons de l’implication de la France dans cette entreprise !

M. Jean-Noël Barrot, ministre

…qui n’a pas vocation à être commentée par les autorités françaises.

Mme Nathalie Oziol

Et les importations ?

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Ces manifestations doivent pouvoir se dérouler en toute liberté et dans le respect des règles de l’État de droit.

Mme Danièle Obono

Et la RSE ?

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Cependant, je déplore la désinformation diffamatoire produite par Le Média , affilié à La France insoumise,…

M. Pierre Cazeneuve

Comme par hasard !

M. Sylvain Maillard

Est-ce que La France insoumise ne ferait pas du lobbying pour un média ?

M. Jean-Noël Barrot, ministre

…contre le groupe français Roullier. Cette entreprise produit effectivement des compléments nutritionnels pour animaux et végétaux sur deux sites à Gabès, mais cette activité de transformation ne génère pas de rejets toxiques. Sa politique de responsabilité sociale des entreprises (RSE) est reconnue par tous localement.

Mme Ségolène Amiot

Qu’en est-il de son devoir de vigilance ?

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Je vous invite à ne pas vous fier aux diffamations du Média et à mieux calibrer vos propos pour n’accabler ni les entreprises françaises ni des membres éminents de cette assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)

Mme Danièle Obono

Alors tout va bien ?