Situation au Proche-Orient
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 15 octobre 2024 — question n°5
Mme la présidente
La parole est à Mme Nadège Abomangoli.
Mme Nadège Abomangoli
« Retirez vos casques bleus immédiatement » : telle est la menace adressée ce dimanche par le Premier ministre israélien Netanyahou à la Force intérimaire des Nations unies au Liban, garante de la paix et de la protection des civils.
Un député du groupe RN
Il n’y a que cela qui vous intéresse !
Mme Nadège Abomangoli
Depuis jeudi dernier, en effet, plusieurs bases ont été attaquées et cinq casques bleus ont été blessés par des tirs délibérés de l’armée israélienne. L’ONU a refusé le chantage de Netanyahou. Les casques bleus ne bougeront pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous saluons cette décision, et rendons hommage aux forces onusiennes – qui comptent 700 soldats français –, en première ligne pour assurer le maintien de la paix. (Mêmes mouvements.)
Votre ministère a affirmé, jeudi, que le Liban ne pourrait être un nouveau Gaza. Vous conviendrez donc que la dévastation de Gaza est révoltante. Hôpitaux, camps de réfugiés, écoles : à Gaza et jusqu’au Nord du Liban, nul n’est à l’abri. Les scènes d’horreur de personnes brûlées vives dans la cour de l’hôpital Al-Aqsa glacent le sang. (Mêmes mouvements.) Voilà où conduit la rhétorique de la guerre des civilisations : à la déshumanisation totale de l’autre. Non, il ne s’agit pas d’une guerre contre le Hezbollah et le Hamas. Netanyahou déploie une guerre suprémaciste contre les peuples palestiniens et libanais. (« Oh ! » sur les bancs du RN. – Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
De quelles atrocités supplémentaires devons nous être les témoins pour espérer un réveil des consciences et un sursaut moral des puissances occidentales alliées à Israël ? Son ambassadeur a été convoqué vendredi, mais pour quelles suites ? Vos timides initiatives sont bien vaines face au génocide en cours. En Europe, l’Espagne ouvre la voie, tandis que la France est à la traîne. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Quand allez-vous proposer une résolution pour sanctionner Israël, faire cesser les ventes d’armes, soutenir le Liban et reconnaître l’État palestinien ? Dans l’histoire des mouvements de libération des peuples, ce n’est pas la victoire militaire qui fait la différence, mais, bien souvent, la défaite morale de l’oppresseur.
M. Nicolas Meizonnet
C’est redondant !
Mme Nadège Abomangoli
Nous en sommes là : agissez donc pour la paix et pour la dignité ! (Mêmes mouvements.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères
Vos questions sur Gaza sont légitimes. Je vous propose, si vous en êtes d’accord, qu’à chaque fois que ces questions sont abordées nous ayons une pensée pour nos deux compatriotes toujours retenus dans l’enfer noir de la captivité : Ofer, 52 ans, père de famille, Ohad, 50 ans, père de famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, RN, EPR, DR, HOR, LIOT et UDR ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
Mme Mathilde Panot
Et les deux enfants morts à Gaza ? (Brouhaha.)
Mme la présidente
Un peu de silence, s’il vous plaît !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
La France ne détourne le regard d’aucune victime civile et d’aucune victime parmi nos compatriotes. Il est vrai qu’au Liban, deux de nos compatriotes comptent parmi les milliers des victimes civiles des opérations militaires israéliennes.
Mme Mathilde Panot
Et les enfants de Gaza ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Je vous remercie d’avoir mentionné le courage des 700 Français engagés dans le contingent de casques bleus de la Finul.
M. Ugo Bernalicis
Mais quelle action ? Répondez à la question !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Soyez assurés qu’avec le ministre des armées, nous suivons la situation d’heure en heure, afin de veiller à ce que leur sécurité soit préservée. Notre position est la suivante : la force de l’ONU doit rester en place pour pouvoir jouer tout son rôle quand le cessez-le-feu interviendra, et quand il sera nécessaire de préserver la stabilité du Sud-Liban, dans l’intérêt de l’unité et de la souveraineté du Liban, ainsi que dans celui de la sécurité d’Israël.
Quant à ce qui se joue au Liban, et qui touche les populations civiles que vous avez évoquées, c’est la France, encore une fois, qui accueillera, le 24 octobre prochain, la première conférence internationale de soutien au Liban, laquelle sera à la fois l’occasion de mobiliser tous nos partenaires sur le soutien humanitaire que nous devons au Liban,…
M. Ugo Bernalicis
Ça ne marche pas dans ces moments-là !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
…de soutenir les forces armées libanaises, de soutenir la Finul et d’échanger avec nos partenaires sur l’avenir institutionnel de ce pays cher à la France.
Mme Nathalie Oziol
Ce sont des actes que nous demandons, pas des mots ! Des solutions concrètes !