Surcharge aux urgences de l’hôpital d’Eaubonne
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 28 février 2024 — question n°8
Mme la présidente
La parole est à Mme Naïma Moutchou.
Mme Naïma Moutchou
Josiane Desruels, 66 ans, est décédée le 8 février à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne après dix heures d’attente aux urgences. Nous en sommes bouleversés. Je tiens à exprimer ma peine et mon soutien entier à sa famille et ses proches, ainsi qu’à la communauté de soignants qui endure aussi cette épreuve.
Je ne suis pas là pour pointer la responsabilité de tel ou tel, mais pour alerter, car ce qui s’est passé est grave. C’est le symptôme d’un système de santé dont nous savons qu’il est mal en point, tant il peine à garantir le droit de chacun d’accéder aux soins. Face à une telle situation, notre action doit être déterminée. Nous devons ainsi agir contre la suradministration, car les soignants, en dépit de leur dévouement, passent trop de temps à des tâches administratives, au détriment du temps consacré aux patients. Certains d’entre eux travaillent toujours plus, jusqu’à cent heures par semaine, enchaînant parfois des gardes de vingt-quatre heures ; ce n’est pas acceptable.
Nous devons décupler le nombre de médecins en formation. En effet, nous le savons, le numerus clausus n’a pas totalement disparu. Le nombre d’étudiants n’a augmenté que de 15 %, ce qui n’est pas suffisant face aux besoins.
Bien sûr – et heureusement –, des solutions existent, mais toutes n’ont pas encore été déployées : il faut développer la prévention, par exemple, grâce à des centres régionaux dédiés, généraliser les services d’accès aux soins, mieux coordonner hôpital et médecine de ville, développer un système informatique unifié, simple et sécurisé, organiser pour les hôpitaux une direction bicéphale combinant expertise médicale et administrative, doubler le nombre d’étudiants en médecine, comme en Angleterre, pour lutter contre les déserts médicaux comme le défendent certains de mes collègues. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Monsieur le ministre, nous devons tout faire pour éviter d’autres drames semblables à celui de l’hôpital Simone Veil. La confiance de nos concitoyens dans le système de santé en dépend. Il faut amorcer un nouveau tournant de la politique de santé. Je sais que vous en avez le courage et la volonté. Quelles mesures envisagez-vous ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Mme Émilie Bonnivard applaudit également.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre délégué chargé de la santé et de la prévention.
M. Frédéric Valletoux, ministre délégué chargé de la santé et de la prévention
Chaque décès à l’hôpital est malheureux ; chaque décès aux urgences est insupportable, surtout lorsqu’il s’agit d’événements indésirables graves, comme celui que vous avez évoqué et qui est survenu à l’hôpital d’Eaubonne. J’ai une pensée pour la famille de Josiane Desruels et plus généralement pour les familles qui connaissent de tels drames, ainsi que pour les soignants, pour lesquels ces événements ne sont jamais neutres. Je pense en particulier au service d’urgences de l’hôpital d’Eaubonne qui a connu la nuit dernière un nouveau décès : un patient hospitalisé pour une première tentative de suicide a mis fin à ses jours dans les locaux de l’hôpital.
Avec plus de 20 millions de passages aux urgences chaque année, tous les jours des drames se déroulent dans les services hospitaliers. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous savez le dévouement et l’engagement des personnels pour prendre en charge les patients en étant attentifs à leur sécurité et à la qualité des soins.
Vous l’avez souligné, il y a des problèmes d’organisation. Depuis plusieurs mois, le Gouvernement essaie de faire bouger les lignes, notamment en revalorisant les heures de nuit et en rendant plus attractives les gardes dans le but d’employer des soignants là où ils manquent dans les services d’urgences.
Nous travaillons également sur l’amont, en développant les services d’accès aux soins (SAS) qui seront généralisés à l’été dans tous les départements, tandis qu’ils existent actuellement dans deux tiers des départements. (Mêmes mouvements.) Enfin, le partage des gardes avec la médecine libérale soulagera l’hôpital.
Par ces leviers, progressivement, nous réussirons à inverser la tendance. Nous ouvrons de nouveau des lits à l’hôpital, ce qui permet de désengorger les urgences. Il faut continuer dans cette voie.