Sempolda

explorez la vie politique française

Situation en Iran

Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 13 janvier 2026 — question n°4

Mme la présidente

La parole est à Mme Constance Le Grip.

Mme Constance Le Grip

Un massacre, un bain de sang, c’est une tuerie massive qu’un régime est en train de perpétrer contre son propre peuple. Il s’agit bien sûr du régime en place à Téhéran depuis quarante-sept ans, celui de la république islamique d’Iran, ou des mollahs islamistes, soutenu par les sinistres pasdaran, le corps des gardiens de la révolution islamique, qui ont d’ailleurs fait main basse sur l’économie du pays. Ce régime massacre, oppresse, emprisonne, réprime dans le sang toute contestation, viole et condamne à mort.

À chaque fois, nous avons fini par détourner le regard. Cette fois-ci, nous ne pouvons plus le faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.) Nous devons aller au-delà des déclarations et des condamnations. Nous apprenons d’horribles nouvelles : des milliers de victimes – certains évoquent 12 000 morts – des centaines, voire des milliers de personnes arrêtées et détenues, des blessés hospitalisés, des personnes condamnées à mort, dont certaines seront pendues dès demain. Le « silence, on tue » n’est plus de mise, il faut agir.

Certes, nous devons encore et toujours saluer le courage inouï des Iraniennes et des Iraniens qui, au péril de leur vie, descendent dans la rue depuis le 28 décembre. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, DR, EcoS, Dem, HOR et GDR.) Nous devons bien sûr condamner de toutes nos forces les violations systématiques des droits de l’homme et cette violence d’État, comme cela a fini par être fait par plusieurs responsables européens et le chef de l’État. Nous ne devrons jamais cesser d’être aux côtés des combattants de la liberté en Iran ! (Les députés sur tous les bancs se lèvent et applaudissent longuement. – M. le premier ministre et les membres du gouvernement se lèvent également.)

Monsieur le ministre, il faut agir. Des leviers diplomatiques existent. Quand allez-vous enfin demander que le corps des gardiens de la révolution islamique soit inscrit sur la liste des organisations terroristes ? (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Mme la présidente

La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Dans les villes et les villages d’Iran, dans toutes les provinces, le peuple iranien s’est levé une nouvelle fois pour réclamer la justice et la dignité. Des commerçants, de jeunes femmes et hommes poussent partout le même cri de ralliement, le cri de la liberté. Face à cette révolte pacifique, une répression intolérable, insupportable et inhumaine. Des manifestants abattus à bout portant avec des armes d’assaut. Internet bloqué pour mieux masquer l’étendue de l’horreur. Des cadavres dans des sacs qui s’entassent par centaines et peut-être par milliers dans les hôpitaux. Des morts que nous pleurons avec les familles iraniennes endeuillées, des appels de détresse auxquels nous ne pouvons rester insensibles.

C’est la raison pour laquelle la France, par la voix du président de la République, a condamné la répression avec la plus grande fermeté, en dénonçant cette violence d’État qui s’est abattue aveuglément sur les manifestants pacifiques. Cette condamnation, je l’ai signifiée au ministre des affaires étrangères d’Iran et elle sera réitérée à l’ambassadeur d’Iran en France que j’ai convoqué aujourd’hui.

Mais nous ne nous arrêterons pas là. Il ne saurait y avoir aucune impunité pour ceux qui tournent leurs fusils contre des manifestants pacifiques, pas plus qu’il n’y en a eu pour les auteurs de la répression contre le mouvement Femme, vie, liberté, en 2022. La présidente de la Commission européenne vient d’annoncer que la désignation d’organisations comme organisations terroristes sera proposée et discutée dans les prochains jours et les prochaines semaines.

Par cette révolte pacifique, le peuple iranien a donné au monde une leçon de courage, le courage de ceux qui sont prêts à prendre tous les risques pour défendre leur liberté dans ce moment décisif de leur histoire. La France, pays des droits de l’homme et des lumières, se tiendra tout entière aux côtés du peuple iranien. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, HOR et DR.)