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Crise agricole et Mercosur

Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 23 décembre 2025 — question n°11

traités de libre-échange

Mme la présidente

La parole est à M. René Pilato.

M. René Pilato

Monsieur le premier ministre, la France affiche pour la première fois depuis cinquante ans un déficit commercial dans le domaine de l’agroalimentaire.

M. Fabien Di Filippo

Ce n’est pas votre programme qui va améliorer notre compétitivité !

M. René Pilato

Notre pays a moins exporté et plus importé pour se nourrir en 2025. Pour lui qui était le grenier de l’Europe, c’est encore un déclassement et une nouvelle humiliation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nos agriculteurs, qui savent que nous sommes à leurs côtés, ne vivent plus dignement de leur travail et entrent en résistance à juste titre. Mesurez la force de leur colère dans le pays et sachez que notre liberté passe aussi par une agriculture nourricière autosuffisante ! (Mêmes mouvements.)

L’accord Mercosur mettrait nos producteurs les plus vertueux face à une concurrence déloyale telle qu’ils n’y survivraient pas. Le président Macron n’a rien fait depuis huit ans…

M. Sylvain Maillard

C’est faux !

M. René Pilato

…pour les protéger et garantir notre production agricole en empêchant cet accord (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) , allant même jusqu’à dire qu’il allait dans le bon sens. Une hérésie ! Où est passée la voix de la France à l’international quand c’est Mme Meloni qui négocie le report de l’accord du Mercosur ? C’est une nouvelle humiliation ! (Mêmes mouvements.)

L’Europe a besoin d’une France dont la voix porte, d’une France qui s’élève dans le grand déménagement du monde, d’une France qui respecte les accords de la COP21 de Paris, d’une France exemplaire, qui donne un cap et qui fédère. (Mêmes mouvements.) Monsieur le premier ministre, vous qui êtes au pouvoir contre la volonté du peuple,… (Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR.)

M. Sylvain Maillard

C’est faux !

M. René Pilato

…prenez en compte la force de sa colère et respectez la représentation nationale : l’accord avec le Mercosur doit être rejeté sans report ni aménagement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Monsieur le premier ministre, vous engagez-vous à ce que la France refuse cet accord – clause de sauvegarde ou non – conformément à la résolution que les députés ont votée ici-même à l’unanimité il y a un mois, sur proposition de résolution de La France insoumise ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent.)

Mme la présidente

La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Monsieur le député, j’ai attentivement écouté votre question et, même si j’ai bien tendu l’oreille, et malgré le début de la trêve de Noël, je n’ai pas entendu de félicitations adressées au président de la République, au premier ministre et au gouvernement qui ont évité que l’accord du Mercosur soit signé.

Mme Anaïs Belouassa-Cherifi

Quelle audace !

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Cet accord n’a été signé ni au printemps, ni à l’été, ni à l’automne. Il n’a pas plus été signé à Noël, grâce au tour de force du président de la République en fin de semaine dernière à Bruxelles et qui a été reconnu comme tel dans toute l’Europe. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Mme Mathilde Panot

Vous êtes au pouvoir depuis huit ans !

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Vous pourriez nous féliciter, monsieur le député, de nous être non seulement opposés à cet accord en l’état mais aussi d’avoir obtenu des concessions inédites au bénéfice de nos agriculteurs – que cet accord soit signé ou non ! (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Nous avons obtenu de la part de la Commission européenne qu’elle s’engage à imposer des clauses miroirs pour garantir la réciprocité – nous y veillerons – et à augmenter les contrôles douaniers au sein de l’Union européenne et dans les pays tiers pour protéger la frontière.

Mme Mathilde Panot

Ah, ah, ah !

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Enfin, nous avons obtenu une clause de sauvegarde pour préserver les agriculteurs français de toute forme de déstabilisation susceptible de les fragiliser. C’est donc à moi, monsieur le député, de vous adresser une question – avec toute la bienveillance qu’impose la trêve de Noël.

Mme Mathilde Panot

C’est à nous, parlementaires, de vous contrôler, pas l’inverse !

M. Jean-Noël Barrot, ministre

Pourquoi, à Strasbourg, les députés de La France insoumise ont-ils été les seuls, avec les députés du Rassemblement national, à voter contre ces mesures de sauvegarde pourtant attendues par les agriculteurs français ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

M. Sylvain Maillard

Vous êtes des Tartuffe !

Mme la présidente

La parole est à M. René Pilato.

M. René Pilato

Monsieur le ministre, vous irez raconter vos salades aux agriculteurs !