Crise agricole
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 16 décembre 2025 — question n°2
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Turquois.
M. Nicolas Turquois
Le monde agricole traverse régulièrement des crises, mais celle que nous vivons est d’une ampleur exceptionnelle. Autant de filières touchées – des céréales à l’élevage, de la vigne à l’arboriculture –, autant de régions concernées – de l’Occitanie à la Bretagne, du Bordelais aux Alpes, sans oublier les outre-mer : je n’ai pas le souvenir d’une crise aussi large et profonde.
Je veux d’abord adresser un profond soutien à toutes les femmes et à tous les hommes qui font vivre l’agriculture de France. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs des groupes EPR et SOC.) Ils souffrent. Par-delà nos opinions, nous devons être à leurs côtés.
C’est l’agriculteur qui vous parle : notre société demande trop à nos agriculteurs, sans les accompagner suffisamment. Notre agriculture souffre d’un profond manque de compétitivité : trop de normes à respecter, sans commune mesure avec la dimension individuelle de nos exploitations ; trop de tracasseries administratives pour construire un bâtiment ou accéder à l’eau, mais pas assez de recherche pour faire face au réchauffement climatique et à ses conséquences ; pas assez d’investissement pour produire sur notre sol les engrais azotés dont nous avons cruellement besoin. L’agriculture a besoin d’un accompagnement totalement renouvelé.
Face à ces difficultés, certaines récupérations politiques et complotistes me font honte. (M. Éric Martineau applaudit.) La dermatose nodulaire contagieuse est – il faut le dire et le répéter – un danger mortifère pour l’élevage français. Sans politique volontariste d’éradication et de vaccination, la France pourrait voir mourir plus de 1 million de bovins.
Il faut agir vite, mais aussi mesurer la détresse que représente un abattage pour un éleveur (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem) , ainsi que le risque réel que la peur n’incite à dissimuler la contamination des troupeaux, créant de facto des réservoirs pour de futures contaminations.
Compétitivité, souveraineté et surtout humanité devraient être les maîtres mots de notre action en faveur de notre agriculture et de nos agriculteurs. Que comptez-vous faire, madame la ministre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire.
Mme Annie Genevard, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire
Vous qui êtes agriculteur avez eu raison de rappeler la souffrance du monde agricole. Celle-ci est exacerbée, en Occitanie, par l’angoisse de perdre ce qu’un éleveur a de plus cher, son cheptel. Dans cette région aux magnifiques élevages, j’ai pu constater hier combien la vaccination des troupeaux constituait un immense soulagement.
Mme Mathilde Feld
Répondez à la question !
Mme Annie Genevard, ministre
Vous avez évoqué de nombreux sujets dans votre question : les maux qui accablent le monde agricole, comme le poids des normes ; des facteurs plus conjoncturels, comme la hausse du prix des engrais ; mais aussi la défiance qui s’exprime parfois à l’égard d’une profession pourtant admirable, qui doit être défendue et respectée, alors même que les agriculteurs ressentent souvent l’inverse – un sentiment d’abandon qui alimente leur colère.
M. Jean-François Coulomme
Grâce à vous et à votre politique !
Mme Annie Genevard, ministre
Dans ce contexte, l’arrivée de la maladie est terrifiante,…
Mme Mathilde Feld
Ça fait six mois qu’on vous en parle !
Mme Annie Genevard, ministre
…car la perspective de perdre ses animaux constitue une angoisse et une souffrance majeures.
M. Jean-François Coulomme
Bla bla bla !
Mme Annie Genevard, ministre
C’est la raison pour laquelle, à ma demande, le premier ministre a réuni aujourd’hui une cellule de crise.
M. René Pilato
Une réunion entre sachants !
Mme Annie Genevard, ministre
Une seconde réunion se tiendra à 17 h 30, avec pour objectif d’organiser une politique de vaccination massive, rapide, déterminée et territorialisée, afin de rassurer les éleveurs.
Mme Mathilde Feld
Et avec le Mercosur, vous allez faire comment ?
Mme Annie Genevard, ministre
La vaccination est la meilleure garantie pour préserver les troupeaux. Dans votre département de la Vienne, je connais la sensibilité des éleveurs à ces enjeux. L’élevage est présent partout en France, et c’est bien tout l’élevage français que nous devons préserver de la maladie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)