Festival international de la bande dessinée d’Angoulême
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 18 novembre 2025 — question n°14
Mme la présidente
La parole est à Mme Caroline Colombier.
Mme Caroline Colombier
Madame la ministre de la culture, imaginez-vous Cannes sans son festival ? Dunkerque sans son carnaval ? Le Sud-Ouest sans ses ferias ? La Charente devra-t-elle imaginer un monde sans le Festival de la bande dessinée à Angoulême ? (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe EcoS.) Telle est la question que se posent le monde de la BD, les passionnés, les acteurs culturels et économiques de mon département et, plus globalement, les Charentais.
Mme Sandra Marsaud
Vous n’êtes jamais présente au Festival !
Mme Caroline Colombier
Une crise majeure couve depuis plusieurs années entre l’association du Festival et la société organisatrice 9 e Art+, fortement critiquée pour son opacité – la chambre régionale des comptes avait pointé, en 2021, des pratiques douteuses et onéreuses dont témoignent aussi les éditeurs, les dessinateurs et les professionnels du secteur. Cette crise menace l’existence même du Festival qui, au-delà d’être un rendez-vous culturel incontournable, constitue un levier économique vital pour la Charente. Une annulation de l’édition 2026 serait une catastrophe dans un contexte économique fragile pour le département, déjà frappé par la crise du Cognac.
Mme Sandrine Rousseau
Il faudrait peut-être prendre en compte les accusations de viol !
Mme Caroline Colombier
Pourtant, jamais le Festival de la bande dessinée n’a été aussi populaire, accueillant 6 000 professionnels du monde entier et enregistrant plus de 200 000 entrées en moins d’une semaine. L’État, qui verse chaque année au Festival des subventions importantes, doit reprendre la main.
Mme Sandrine Rousseau
Les femmes comptent ! La lutte contre les VSS est une priorité !
Mme Caroline Colombier
Hier, l’agglomération, le département et la région ont annoncé un changement de structure. Ces annonces vont dans le bon sens mais ne lèvent ni les inquiétudes des auteurs ni les menaces de boycott. La transparence, les droits des créateurs et les conditions d’accueil sont au cœur des tensions.
Madame la ministre, êtes-vous prête à agir pour éviter que le Festival de la BD d’Angoulême ne se transforme, sous nos yeux, en naufrage et afin qu’il demeure un fleuron de notre patrimoine culturel et un moteur économique pour la Charente ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture
Madame la députée, vous m’avez saisie directement à ce sujet. Le Festival de la bande dessinée d’Angoulême est un événement international incontournable, pour tous les passionnés de la BD et bien au-delà. C’est aussi, vous avez raison de le rappeler, un levier d’attractivité et de croissance. Le ministère de la culture a toujours soutenu ce festival, matériellement et financièrement. L’édition 2026 est fortement critiquée en raison du choix, fait par les organisateurs et les responsables du Festival, d’une association fortement mise en cause pour des problèmes de transparence financière et de transparence dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – Mme Fatiha Keloua Hachi et M. Erwan Balanant applaudissent également.)
Mme Fatiha Keloua Hachi
Ah, tout de même !
M. Pierre Cordier
Les écologistes vont appeler à voter Dati à la mairie de Paris !
Mme Rachida Dati, ministre
J’ai décidé deux choses : d’abord de réduire de plus de 60 % la subvention accordée à cette association ; ensuite de faire en sorte qu’une autre association organise ce festival à compter de 2028.
Mme Marie-Charlotte Garin
Le RN se fout des victimes !
Mme Rachida Dati, ministre
Cependant, évitons que ce festival ne devienne un naufrage cette année. Le président de l’association a accepté de se mettre en retrait de l’organisation pour éviter d’entraver l’édition 2026. Nous avons appelé les auteurs, les éditeurs et les passionnés de BD à être au rendez-vous de cette édition, que nous surveillerons. Les auteurs d’une pétition appelant au boycott seront reçus au ministère de la culture. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)