Situation en Syrie
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 11 mars 2025 — question n°5
Mme la présidente
La parole est à Mme Anne Bergantz.
Mme Anne Bergantz
Ces trois derniers jours, plus de 1 300 personnes sont mortes dans la région à majorité alaouite de Syrie. Les trois quarts des victimes étaient civiles : c’est une tragédie.
Cette tragédie résulte de décennies de dictature. À partir de jeudi soir, les soldats de l’ancien régime de Bachar al-Assad se sont livrés à des opérations de guérilla, ce qui a donné lieu à des représailles d’une violence inouïe.
Depuis la chute du régime, il y a trois mois, la population syrienne n’a pourtant qu’un espoir : celui de rompre avec le cycle de violences qui a détruit son pays. Ces massacres menacent la transition pacifique que revendique le président syrien par intérim, Ahmed al-Charaa.
Nous n’avons jamais été naïfs.
M. Hervé de Lépinau
C’est nul !
Mme Anne Bergantz
Nous avons toujours dit que le régime devrait être jugé sur ses actes et non sur ses intentions.
Nous avons toujours demandé des garanties relatives à l’intégration de la mosaïque des communautés qui composent la Syrie dans un projet politique pacifié.
M. Matthias Renault
Ah !
M. Julien Odoul
C’est navrant.
Mme Anne Bergantz
Dans ce contexte particulièrement tendu, nous avons salué hier la signature d’un accord déjà qualifié d’historique entre Damas et le général kurde Mazloum, des Forces démocratiques syriennes.
M. Emeric Salmon
La question a été rédigée par Macron, ce n’est pas possible autrement !
Mme Anne Bergantz
La diplomatie française, il faut le souligner, n’est pas étrangère à ce succès. C’est bien l’initiative franco-américaine de médiation qui a abouti à ce rapprochement, qui doit à terme permettre d’intégrer les institutions autonomes kurdes au sein de l’État syrien.
Cet accord doit garantir les droits politiques et les intérêts de nos partenaires kurdes, si longtemps marginalisés et menacés dans la région. C’est aussi sur lui que repose la poursuite de la lutte contre Daech.
Cependant, les défis restent nombreux et l’unité de la Syrie loin d’être garantie. Face à une situation qui évolue très vite, quel peut être le rôle de la France pour accompagner la transition démocratique et la paix tant attendues par le peuple syrien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
M. Laurent Jacobelli
Quelle propagande insupportable !
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères
Merci (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe RN) de rappeler que nous abordons la tragédie de ces derniers jours et, plus généralement, la situation de la Syrie sans aucune naïveté. Nous sommes parfaitement conscients que pour la Syrie, il n’y a pas d’avenir sans justice et qu’il n’y aura pas de justice sans que toute la lumière et toute la vérité soient faites sur ces événements, qui ont eu lieu sur la côte ouest de la Syrie.
M. Hervé de Lépinau
Vous, c’est l’histoire qui vous jugera !
M. Laurent Jacobelli
A-t-elle a bien lu la question que vous avez rédigée ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Est-ce à cause d’influences étrangères que certains groupes liés à Bachar al-Assad ont attaqué des membres des services de sécurité du gouvernement intérimaire ?
M. Hervé de Lépinau
C’est toujours la faute des autres !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Qu’est-ce qui a ensuite poussé des groupes islamistes à prendre d’assaut des populations civiles innocentes, alaouite et, dans une moindre mesure, chrétienne ?
M. Matthias Renault
Qui aurait pu le prédire ?
M. Laurent Jacobelli
Quoi ? Les islamistes seraient-ils méchants ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Justice devra être faite. Les responsables de ces exactions devront être punis.
Le travail diplomatique doit se poursuivre, car c’est en Syrie que se joue une grande partie de notre sécurité. C’est en Syrie qu’il y a une dizaine d’années, des attentats contre le territoire national ont été fomentés.
Pour cette raison, la diplomatie française travaille activement à la maîtrise des risques qui pèsent sur notre sécurité. C’est à cette fin qu’elle a facilité la médiation entre les Kurdes syriens et le gouvernement transitoire. Pourquoi ? Car ces derniers mois, la vulnérabilité des Kurdes de Syrie, qui ont été nos alliés dans la lutte contre Daech, s’est accrue sous la pression de puissances étrangères…
M. Julien Odoul
On va bientôt accuser les Russes !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Il y allait de la sécurité des prisons dans lesquelles sont détenus des dizaines de milliers de combattants de Daech.
M. Emeric Salmon
Quelle naïveté.
M. Hervé de Lépinau
Il y aurait donc les bons et les mauvais bouchers !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Nous nous réjouissons de l’accord trouvé hier, car il permet d’envisager l’avenir de la Syrie avec la garantie d’une meilleure considération des droits et intérêts des Kurdes.
M. Thierry Tesson
Qu’en est-il de ceux des chrétiens ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Cet après-midi, je m’entretiendrai avec le général Mazloum au sujet des suites qu’il entend donner à cet accord. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
M. Julien Odoul
Décidément, la diplomatie française est bien indigente.