Narcotrafics
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 15 octobre 2024 — question n°7
Mme la présidente
La parole est à M. Romain Baubry.
M. Romain Baubry
Pas un jour ne passe dans notre pays, notamment en région Paca, sans que ce que nous appelons maintenant les narcotrafics ne fasse, pour les meurtres qui en sont la conséquence, la une de l’actualité.
La semaine dernière, à Marseille, ils auront coûté la vie à un père de famille, pris pour cible sans raison. Ils auront également coûté la vie à un adolescent chargé d’intimider un membre du réseau.
Le point commun de ces deux affaires ? Le commanditaire était détenu à la prison d’Aix-Luynes et a organisé ces crimes à l’aide d’un téléphone portable.
M. Pierre Cordier
Même Al Capone n’en avait pas fait autant !
M. Romain Baubry
Car oui, au sein de nos prisons, et même pour les détenus en quartier d’isolement, les téléphones sont en libre circulation, sans que rien n’en empêche l’usage. Aucune leçon n’a été tirée de l’assassinat de deux agents pénitentiaires en mai dernier. On ne perçoit aucune envie de rendre hermétiques nos établissements pénitentiaires, aucune volonté de faire appliquer les règles et les lois.
M. Frédéric Boccaletti
C’est la chienlit !
M. Romain Baubry
La volonté, c’est ce qui a manqué à l’ex-ministre de l’intérieur qui a annoncé, en 2021, la création d’une BAC de nuit pour la commune de Cavaillon, laquelle vivait alors ses premiers règlements de compte. En 2024, où est-elle, monsieur le Premier ministre ?
Aujourd’hui, le trafic a pris une telle ampleur que ces criminels n’hésitent pas à venir au commissariat de la ville pour y brûler les véhicules et les locaux, tandis que leurs complices en garde à vue promettent aux policiers que ce n’est que le début. Nous pouvons rendre hommage aux dizaines de policiers nationaux et municipaux qui tentent de tenir cette ville comme ils le peuvent. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est de la tolérance zéro ! Tolérance zéro lors de l’infraction, tolérance zéro lors du jugement, tolérance zéro en détention !
Quarante ans de lâcheté politique, quarante ans de laxisme généralisé, quarante ans de politique du « pas de vague », ont mené à la cartellisation de nos banlieues, de nos prisons et, bientôt, de nos territoires ruraux. Monsieur le Premier ministre, allez-vous devenir le chef du gouvernement d’un pays bientôt dirigé par les narcotrafiquants ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RN et sur quelques bancs du groupe UDR.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Bruno Retailleau, ministre de l’intérieur
Vous citez des événements tragiques qui, de Marseille à Cavaillon, ont ensanglanté notre pays.
M. Jérôme Guedj
Vous êtes le ministre en charge de la sécurité civile ! Vous auriez dû répondre à la question de notre collègue sur les pompiers !
M. Bruno Retailleau, ministre
Le cas de Cavaillon est symbolique puisque les délits – l’incendie de véhicules de police et pour partie du commissariat – étaient une opération de représailles consécutive au démantèlement d’un trafic, qui a donné lieu à onze interpellations et à la saisie de 6 kilos de drogue, ainsi qu’à celle d’armes.
M. Pierre Cordier
Eh oui !
M. Bruno Retailleau, ministre
Aussitôt, j’ai tenu à appeler le maire de Cavaillon, et à lui dire que nous ne nous laisserions pas intimider. (« Oh… » sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Aussitôt, j’ai prépositionné la CRS 81 pour tenir la zone (Applaudissements sur les bancs du groupe DR) et transmis des consignes de riposte. Nous rendrons coup pour coup ! D’ailleurs d’autres individus viennent d’être interpellés.
M. Thibault Bazin
Voilà un ministre qui agit !
Plusieurs députés du groupe LR
Très bien !
M. Bruno Retailleau, ministre
C’est désormais une guerre que nous devons mener contre le narcotrafic. Il y a dix ans, en 2015, la France était ensanglantée par une série d’attentats ; elle a su se réarmer et se réinventer pour lutter contre le terrorisme. C’est un combat toujours renouvelé et nous devons désormais le mener contre le narcoterrorisme (Mêmes mouvements) , avec les mêmes armes, la même détermination dans l’action, la même volonté dans la durée et avec un nouvel arsenal.
Sous l’autorité du Premier ministre, Michel Barnier, nous sommes décidés à mener cette guerre. En effet, s’en prendre aux Français et aux symboles de la République, c’est s’en prendre à l’État et à la République. Jamais nous ne nous laisserons intimider. Toujours nous riposterons et, je le répète, nous rendrons coup pour coup. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)