Situation des finances publiques
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 26 mars 2024 — question n°15
Mme la présidente
La parole est à Mme Véronique Louwagie.
Mme Véronique Louwagie
Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
M. Olivier Marleix
Et de la dette !
Mme Véronique Louwagie
Je constate que 2023 restera factuellement une année noire pour nos finances publiques, qui connaissent un déficit de 5,5 %, très éloigné de votre objectif de 4,9 %. C’est 15,8 milliards de plus que prévu.
M. Patrick Hetzel
Eh oui !
M. Fabien Di Filippo
La méthode Coué a ses limites !
Mme Véronique Louwagie
Ce déficit, plus grave encore qu’en 2022, restera le deuxième pire déficit de notre histoire, après celui de 2020.
M. Fabien Di Filippo
Sacré palmarès !
Mme Véronique Louwagie
Cela confirme le déclassement de la France, qui affichera dès l’an prochain l’un des pires déficits en Europe. Pour masquer vos échecs, vous vous réfugiez derrière des excuses telles que la conjoncture économique ou la situation internationale. Selon vous, rien n’était prévisible. C’est oublier un peu vite que ce désastre budgétaire était annoncé et qu’il résulte de graves erreurs dans vos prévisions de croissance.
M. Fabien Di Filippo
Nous vous avons prévenu plusieurs fois !
Mme Véronique Louwagie
C’est oublier que les députés du groupe Les Républicains ne cessent de vous mettre en garde et que nous avions tiré la sonnette d’alarme.
M. Olivier Marleix
Eh oui !
Mme Véronique Louwagie
Depuis 2017, nous vous parlons de dette, de charge de la dette et de dépense publique. À l’automne 2022, nous avons émis des propositions qui auraient permis de réaliser 20 milliards d’euros d’économies d’ici à 2027 et 30 milliards d’euros d’économies d’ici à 2030.
M. Fabien Di Filippo
C’est cela, la responsabilité !
Mme Véronique Louwagie
À l’automne 2023, nous avons construit un contre-budget qui aurait permis de réaliser 25 milliards d’euros d’économies en 2024. Malgré cela, vous ne nous entendez pas ; vous raillez nos propositions et foncez droit dans le mur budgétaire.
Vous affirmez que votre gouvernement n’est pas resté sans réagir, mais, alors que les dépenses budgétaires ont augmenté de 300 milliards d’euros depuis 2017, vous appliquez la seule logique du rabot et annulez 10 milliards d’euros de crédits, sans prendre en considération ni l’efficience ni l’efficacité des dépenses. La politique n’est pas seulement affaire de gestion et de réaction : il s’agit de prévoir. Ces résultats sont la preuve de l’échec de votre politique.
M. Patrick Hetzel
Elle a raison !
Mme Véronique Louwagie
Que comptez-vous faire ?
M. Raphaël Schellenberger
Écrire un livre !
M. Pierre-Henri Dumont
Verser vos droits d’auteur au budget de l’État !
Mme Véronique Louwagie
À quand les choix forts qui concrétiseront ce que M. le Premier ministre a qualifié de « fil rouge » ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
M. Raphaël Schellenberger
Et de l’édition !
M. Laurent Jacobelli
Et de la faillite !
M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique
Madame Louwagie, je connais et je salue votre honnêteté et votre rigueur en matière de finances publiques. Je n’en dirai pas autant du reste de votre groupe, à commencer par son président. (« Ah ! » et exclamations sur les bancs du groupe LR.) En lisant ce matin l’excellent journal Le Figaro – oui, il m’arrive aussi de lire L’Humanité ou Libération –, j’ai découvert les mots d’Olivier Marleix : « De François Fillon à Valérie Pécresse, nous avons toujours assumé l’urgence du redressement des comptes. C’est pour [cela] que nous avons assumé avec courage de voter la réforme des retraites. »
M. Olivier Marleix
Ne nous donnez pas de leçons !
Mme Véronique Louwagie
C’est moi qui vous ai posé la question !
M. Bruno Le Maire, ministre
Dernière nouvelle ! J’ignorais que le groupe Les Républicains avait voté la réforme des retraites. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
M. Sébastien Jumel
Eh non, puisqu’il n’y a pas eu de vote !
M. Bruno Le Maire, ministre
Bientôt, nous allons apprendre que vous avez soutenu le Ceta, l’Accord économique et commercial global ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) D’ailleurs, il est vrai que vous l’avez soutenu, mais c’était en 2008, lorsque Nicolas Sarkozy l’a proposé au peuple français. En 2019, vous avez voté contre, à la seule exception de Constance Le Grip, dont je salue la cohérence. (Mêmes mouvements.)
Selon vous, vous avez toujours assumé l’urgence du redressement des comptes publics. C’est sans doute pour cela que vous avez voté pour introduire 127 milliards d’euros de dépenses supplémentaires dans le projet de loi de finances pour 2024, que vous avez défendu le maintien du bouclier énergétique, ce qui aurait coûté 6 milliards d’euros, et qu’Éric Ciotti a proposé baisser de 15 centimes les taxes sur l’essence, ce qui aurait coûté 12 milliards d’euros. Je vous épargne les 1 743 amendements déposés par le groupe Les Républicains, qui auraient coûté au total 127 milliards d’euros, car je n’ai que deux minutes, hélas. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Patrick Hetzel
Mais quel enfumage !
M. Raphaël Schellenberger
Bientôt, nous allons apprendre que vous savez tenir des comptes !
M. Pierre-Henri Dumont
Cela fait sept ans que vous êtes au pouvoir !
M. Raphaël Schellenberger
On aimerait bien savoir ce que l’ancien Bruno Le Maire penserait du Bruno Le Maire actuel !
M. Bruno Le Maire, ministre
La seule chose qui compte, c’est l’intérêt de la France. Je vous ai dit que ma porte était ouverte pour étudier ensemble les moyens de réduire la dépense publique. Convié à la réunion que j’organise début avril, le président de votre groupe répond qu’il n’y participera « certainement pas ». Je trouve cela désolant. Madame Louwagie, je compte sur votre présence : ma porte est toujours ouverte pour parler non de vos dépenses, mais de nos économies !
M. Fabien Di Filippo
Nous avons déjà essayé !
Mme la présidente
La parole est à Mme Véronique Louwagie.
Mme Véronique Louwagie
Puisque vous comptez sur ma présence, j’aurais aimé, monsieur le ministre, que vous me répondiez plutôt qu’à M. Marleix, notre président de groupe. (Applaudissements et « Très bien ! » sur les bancs du groupe LR.)
M. Pierre-Henri Dumont
C’est très sexiste !