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Aide sociale à l’enfance

Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 12 mars 2024 — question n°10

aide sociale à l’enfance (ASE)

Mme la présidente

La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

Mme Sandrine Rousseau

Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Les répondants du 119, le numéro d’urgence pour les enfants en danger, sont en grève pour alerter l’opinion sur leurs conditions de travail. C’est rare. Il faut dire que la protection de l’enfance va mal – très mal. Trop peu de travailleurs sociaux tiennent à bout de bras un système qui ne les considère pas, ne les reconnaît pas, ne les rémunère pas. Ce système les écrase comme il écrase les enfants.

Le nombre d’enfants placés a augmenté de 30 % en un an. Les pédopsychiatres disent que l’effondrement de l’ASE, l’aide sociale à l’enfance, pose un sérieux problème. Les enfants sont en détresse. Les urgences saturent, le 119 sature, les foyers saturent, les familles d’accueil saturent. Certaines d’entre elles disent qu’elles doivent mettre des enfants à la rue lorsqu’ils ont 18 ans. Je rappelle que 40 % des SDF de moins de 25 ans en France viennent de l’ASE.

M. Fabien Di Filippo

Il faudrait d’abord arrêter de verser les allocations familiales aux parents qui ne s’occupent pas de leurs enfants !

Mme Sandrine Rousseau

Au bout de la chaîne, les enfants craquent. Ils se droguent et en meurent comme Myriam, 14 ans, se suicident comme Lily, 15 ans, ou sont retrouvés morts comme Anthony, 17 ans, voire assassinés par un autre enfant de l’ASE comme Jess, 17 ans.

Ce système est maltraitant pour des enfants maltraités. Des décisions de justice et de protection ne sont pas appliquées faute de solutions. Les mineurs non accompagnés sont désormais victimes de la préférence nationale prévue par la loi immigration – loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration.

Je le dis ici : je n’ai jamais rencontré un seul enfant issu de l’ASE qui n’ait pas été violé dans sa famille d’origine ou au cours de son placement. Pas un. Quand un enfant est placé, l’État n’est pas là pour assurer le strict nécessaire, il devient son parent de substitution.

M. Vincent Descoeur

Il y a des personnels de l’ASE qui s’investissent ! Il ne faut pas tout noircir !

Mme Sandrine Rousseau

Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ce qui se passe à l’ASE. Monsieur le Premier ministre, quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour enrayer l’effondrement de la protection de l’enfance ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES, LFI-NUPES et GDR-NUPES.)

M. Fabien Di Filippo

Vous auriez pu avoir un mot pour les personnels !

M. Charles Fournier

Elle l’a eu !

Mme la présidente

La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles.

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles

La protection de l’enfance mérite mieux. (Exclamations sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.) Ne jetez pas l’opprobre sur l’ensemble des professionnels.

Mme Sandrine Rousseau

Mais enfin, c’est grave !

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Nous ne nierons jamais que des besoins existent et même qu’ils se font sentir mais ne jetez pas l’opprobre sur les assistants familiaux, ni sur les éducateurs spécialisés, ni sur les départements. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE et sur plusieurs bancs du groupe LR.)

Mme Marie-Charlotte Garin

Ça va, le mépris ?

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Nous regardons en face la situation de la protection de l’enfance. C’est avec les présidents de département, les associations et les professionnels que nous réussirons.

M. Benjamin Lucas

Ce n’est pas la question !

Mme Marie-Christine Dalloz

Ce qu’a dit Mme Rousseau est scandaleux !

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Dès la première heure, deux semaines après ma nomination, le décret relatif à l’interdiction de l’accueil dans les hôtels a été signé.

Mme Marie-Charlotte Garin

Avez-vous écouté la question ?

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Par ailleurs, un travail sur la revalorisation et l’attractivité est en cours avec la présidente Florence Dabin…

Mme Marie-Charlotte Garin

Et alors ?

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

…et avec le Haut Conseil du travail social, présidé par Mathieu Klein – ce fut d’ailleurs l’objet de mon premier déplacement.

M. Benjamin Lucas

Arrêtez votre cinéma et répondez !

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

S’il est un dossier qui nécessite un esprit de concorde et que ni l’État ni les collectivités ne pourront régler seuls, c’est bien la protection de l’enfance. Nous connaissons le constat, des travaux parlementaires sur le sujet existent – je pense par exemple au rapport du sénateur Bernard Bonne, aux travaux de Perrine Goulet et de la délégation aux droits des enfants qu’elle préside ou encore à ce qui est fait dans les départements.

Mme Marie-Charlotte Garin

Langue de bois !

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

L’urgence, c’est l’accompagnement des assistants familiaux, la relance des recrutements ainsi que l’accompagnement des éducateurs spécialisés au quotidien. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Il faut leur donner des moyens.

C’est la raison pour laquelle le Président de la République et le Premier ministre ont souhaité instaurer ce ministère qui bénéficie du soutien, à la fois de la ministre du travail, de la santé et des solidarités et de la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.

Mme Marie-Charlotte Garin

Avec des moyens !

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Car nous avons besoin de tous les adultes et de la protection judiciaire de la jeunesse.

Madame la députée, j’espère sincèrement que vos mots ont dépassé votre pensée. (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Non, l’ensemble des enfants n’ont pas été violés au sein de la protection de l’enfance. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)

Mme la présidente

La parole est à Mme Sandrine Rousseau.

Mme Sandrine Rousseau

Les salariés de l’ASE ne sont pas considérés et les enfants souffrent. C’est vous qui jetez l’opprobre sur tout le secteur de la protection de l’enfance. Honte à vous, madame la ministre ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et HOR.)

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Vous avez dit qu’ils avaient tous été violés ! C’est honteux de jeter l’opprobre ainsi ! On parle de 360 000 enfants !

M. Laurent Croizier

Allez les voir plutôt que de tenir de tels propos !

Mme la présidente

La parole est à Mme la ministre déléguée.

Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée

Bien sûr que des drames existent. Nous les regardons sans naïveté. Nous serons aux côtés de toutes les personnes qui œuvrent pour la protection de l’enfance. En revanche, ne jetez pas l’opprobre ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)

M. William Martinet

Honte à vous, madame la ministre !

M. Laurent Croizier

Ça suffit, la démagogie de Sandrine Rousseau !