Difficultés dans les hôpitaux d’outre-mer et situation des lactariums
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 28 février 2024 — question n°10
Mme la présidente
La parole est à M. Frédéric Maillot.
M. Frédéric Maillot
Monsieur le ministre délégué chargé de la santé et de la prévention, d’après les orientations annoncées dans la déclaration de politique générale, vous engagez de nouveau le pays dans une politique d’austérité.
M. Fabien Di Filippo
Ce n’est pas la faute de M. Valletoux !
M. Frédéric Maillot
Depuis 2019, le budget de l’hôpital de La Réunion est en baisse constante alors qu’il reçoit continûment, en vertu du principe de solidarité, les malades venus de Mayotte. Cette solidarité a un coût que l’État ne compense pas.
Vous le savez, les centres hospitaliers universitaires (CHU) de France présentent un déficit de 1,2 milliard d’euros ; en particulier, celui de La Réunion est déficitaire de 50 millions. Comment demander aux soignants de faire toujours plus avec moins ? (M. Antoine Léaument applaudit.) Si le manque de moyens gangrène l’action des hôpitaux, je veux aborder un sujet particulièrement urgent : la santé des bébés prématurés est en danger. Le risque d’une pénurie de lait maternel m’oblige à vous interpeller.
Le déménagement du lactarium de Bordeaux soulève des interrogations. Les lactariums seront-ils en mesure d’assurer les besoins urgents d’acheminement de lait maternel vers La Réunion ?
Deux fois plus d’enfants naissent prématurément à La Réunion que dans l’Hexagone, du fait de facteurs tels que le diabète ou l’hypertension. En 2020, près de 1 200 naissances ont eu lieu prématurément, soit presque 9 % des naissances à La Réunion.
Quelles solutions le ministère a-t-il avancées pour l’instant ? Il a appelé à la mobilisation nationale et à l’importation de lait lyophilisé. Quand on sait que 100 grammes de lait coûtent entre 130 et 170 euros, dépendre de l’importation de lait congelé ou en poudre n’est pas une solution, car ce n’est ni envisageable ni souhaitable.
Ce début d’année a été marqué par un déficit de 25 000 litres de lait. Nous devons trouver rapidement une solution. Ne restons pas les bras croisés. Nous sommes déjà 800 000 Réunionnais à avoir l’estomac accroché au bateau pour espérer nous nourrir ; le député réunionnais que je suis refuse que le même sort soit réservé aux bébés prématurés. Êtes-vous prêt à faire un travail conjoint pour que La Réunion soit dotée rapidement d’un lactarium ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, LR SOC et Écolo-NUPES.)
Mme la présidente
La parole est à M. le ministre délégué chargé de la santé et de la prévention.
M. Frédéric Valletoux, ministre délégué chargé de la santé et de la prévention
Je vous remercie pour cette question importante, qui appellerait une réponse plus longue. Ne disposant que de deux minutes, je vais me concentrer sur la fin de votre question, c’est-à-dire sur les lactariums.
Avant tout, je tiens à rappeler qu’il y a quelques jours, la ministre Catherine Vautrin a décidé de débloquer 40 millions d’euros afin d’aider le CHU de La Réunion ; les politiques sanitaires de notre Gouvernement n’oublient donc pas La Réunion.
Vous l’avez dit, le lait maternel est vital pour les nouveau-nés hospitalisés les plus vulnérables. La France compte trente-trois lactariums. Celui de Marmande, rattaché au CHU de Bordeaux, est le seul au monde à être équipé de lyophilisateurs. Il fournit du lait maternel issu de dons à onze établissements de santé situés dans les collectivités d’outre-mer, dont le CHU de La Réunion.
En raison du déménagement de ce lactarium au centre hospitalier de Bordeaux en juin 2024, la production de lait lyophilisé sera suspendue pendant six mois à partir de cette date. Il est évident que nous ne laisserons pas les patients des onze établissements d’outre-mer sans solution.
Plusieurs mesures sont déjà destinées à anticiper cette fermeture. D’abord, un stock de lait lyophilisé est en cours de constitution : l’Association des lactariums de France, avec le soutien des autorités sanitaires, a déployé une campagne d’appel aux dons qui vise à augmenter le nombre de dons de lait maternel. La collecte nationale de lait maternel doit augmenter, c’est notre priorité, et nous nous mobilisons pour relayer cet appel.
Ensuite, nous avons débloqué 1,9 million d’euros afin de permettre aux lactariums de gérer cette collecte supplémentaire. Soyez assurés de la pleine mobilisation du Gouvernement pour soutenir l’Association des lactariums de France.
Pour finir, il est impératif que, dans les prochains mois, tous les nouveau-nés prématurés, en métropole comme en outre-mer, puissent avoir accès aux ressources en lait maternel issues des dons dont ils ont besoin. Nous y travaillons et si, malgré ma réponse, la situation réunionnaise continue de vous inquiéter, je suis prêt à vous recevoir pour en parler directement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)