Situation des éleveurs bovins
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 13 juin 2023 — question n°21
Mme la présidente
La parole est à M. Jean-Yves Bony.
M. Jean-Yves Bony
La France veut-elle encore de ses troupeaux de salers, d’aubrac, de limousines, de charolaises, de blondes d’Aquitaine (« Oui ! » sur les bancs du groupe LR) ; veut-elle encore de ses prairies, que ces animaux pâturent ? Ou préfère-t-elle miser sur les éleveurs brésiliens…
M. Patrick Hetzel
Non !
M. Jean-Yves Bony
…pour remplir les assiettes de nos concitoyens, quitte à voir ses paysages se transformer et ses territoires ruraux se vider ?
M. Fabien Di Filippo
Excellente question !
M. Jean-Yves Bony
La question mérite d’être posée, tant nos éleveurs sont régulièrement mis au banc des accusés. Même la Cour des comptes s’en est mêlée !
M. Vincent Descoeur
Il ne manquait plus que ça !
M. Jean-Yves Bony
À en croire certains, nos élevages seraient devenus de véritables industries polluantes. Quelle hérésie !
M. Fabrice Brun
Quelle déconnexion !
M. Vincent Descoeur
Délirant !
M. Jean-Yves Bony
Dans le Cantal, où il y a bien plus de vaches que d’habitants, nous respirons pourtant bien mieux qu’à Paris ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Stéphane Travert applaudit également.)
Mme Sophia Chikirou
Pas dans les écoles !
M. Jean-Yves Bony
Eh oui, monsieur le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, le Cantal est le département le moins pollué de France, même avec ses vaches !
Aujourd’hui, les éleveurs luttent pour leur survie. En soixante ans, la France a perdu 3 millions de vaches et cette dynamique terrifiante s’accélère : sur les sept dernières années, la perte s’élève à 1 million !
Dans le même temps, 2 000 éleveurs ont quitté leur activité.
M. Vincent Descoeur
Eh oui, et ça vous laisse indifférent !
M. Jean-Yves Bony
La conséquence directe est un pic des importations et la perte de notre souveraineté alimentaire.
M. Fabrice Brun
N’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas !
M. Jean-Yves Bony
Près de 30 % de la viande bovine que nous consommons est importée de pays dont les éleveurs n’ont pas façonné nos paysages, n’ont pas contribué à l’animation de nos villages, et alors que la France est réputée dans le monde entier pour son élevage.
Dans un tel contexte fait de provocations au monde agricole, accepteriez-vous, monsieur le ministre, de travailler à un plan de relance de la filière ? Si c’est le cas, quels en seraient les axes ? Accéderez-vous à la demande de la profession d’exclure la viande bovine de ces renégociations commerciales internationales ? Et quand… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme Sophia Chikirou
Vingt ans de retard !
Mme la présidente
Désolé, cher collègue, votre temps de parole est écoulé.
La parole est à M. le ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement.
M. Olivier Véran, ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement
Monsieur Bony, je vais commencer par la conclusion, comme cela vous serez fixé sur l’intention du Gouvernement : vive l’élevage, vive l’agriculture française ! C’est dit. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
M. Fabrice Brun
Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Nous partageons l’émoi des agriculteurs, relayé par de nombreux élus, provoqué par la publication du rapport de la Cour des comptes, qui nous semble omettre certaines données concernant l’élevage. D’ailleurs, les éleveurs et les agriculteurs en ont marre d’être stigmatisés par certaines prétendues associations et sur certains plateaux de télé.
Mme Sophia Chikirou
Nous ne sommes pas sur un plateau de télé, donc soyez sérieux !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Les agriculteurs nous font manger, donc ils nous font vivre. Nous avons besoin d’eux et nous devons leur dire que nous les aimons.
Mme Émilie Bonnivard
Il n’y a pas de « en même temps », en agriculture !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Les preuves d’amour, le Gouvernement leur en apporte et il le fera encore à l’occasion des renégociations de traités européens et internationaux auxquels vous faites allusion.
M. Thibault Bazin
Il y a urgence !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Nous aimons les agriculteurs parce qu’ils nous nourrissent, mais aussi parce que l’agriculture est bonne pour la planète et l’écologie. Vous savez que j’aime les chiffres, en voici quelques-uns : chaque hectare de prairie permanente absorbe 110 kilogrammes de CO 2 par an ; les prairies stockent 8 millions de tonnes de CO 2 par an dans notre pays ; l’élevage produit des engrais organiques… (Mme Sophia Chikirou s’exclame.)
Mme Émilie Bonnivard
Vous êtes élue à Paris, taisez-vous donc !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Pourquoi criez-vous, alors que nous sommes d’accord ?
M. Thibault Bazin
On répond aux Insoumis !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Ah, je n’étais pas visé cette fois-ci.
M. Jean-Yves Bony
Non, vous avez pris une balle perdue, monsieur le ministre !
M. Olivier Véran, ministre délégué
Alors, allez-y ! (Sourires.)
Mme la présidente
Cela vous passe au-dessus de la tête, monsieur le ministre ! (Sourires.)
M. Olivier Véran, ministre délégué
Je me fais le défenseur de l’opposition de gauche qui a aussi le droit d’écouter en silence la réponse du ministre. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Mme la présidente
Un peu de silence, s’il vous plaît !
M. Olivier Véran, ministre délégué
L’élevage produit des engrais organiques qui sont nécessaires à l’agriculture biologique et contribue à la lutte contre les incendies – nous l’avons constaté l’été dernier et, malheureusement, nous le constaterons encore à l’avenir.
En résumé, il y a des mots d’amour, mais aussi des preuves d’amour. Comptez sur le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, qui est actuellement en Suède pour un conseil informel des ministres de l’agriculture de l’Union européenne, pour approuver ma conclusion : vive l’élevage et vive l’agriculture française ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)