Situation en Ukraine
Assemblée Nationale — Questions au gouvernement — 11 janvier 2022 — question n°10
M. le président
La parole est à M. Charles de la Verpillière.
M. Charles de la Verpillière
Depuis plusieurs mois, l’Ukraine fait face à un déploiement massif de l’armée russe dans la région du Donbass. La menace d’une invasion de l’Ukraine par la Russie est prise très au sérieux par l’Ukraine elle-même, mais aussi par les pays baltes, qui sont membres de l’Union européenne. À l’occasion d’un déplacement effectué en Estonie pour la commission de la défense nationale et des forces armées, j’ai pu moi-même me rendre compte de la crainte que suscite la Russie. Le risque de conflit armé a justifié une rencontre bilatérale entre la Russie et les États-Unis, qui a commencé hier, lundi 10 janvier.Monsieur le Premier ministre, il est incroyable, il est inacceptable, que ces discussions se déroulent en l’absence de l’Union européenne, dont le Conseil est en ce moment présidé par la France, alors que l’Europe est concernée au premier chef par cette crise.
M. Patrick Hetzel
Eh oui ! Que fait le Président de la République ?
M. le président
La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian
Il a dû vous échapper que le président ukrainien, M. Zelensky, venait de demander une réunion en format Normandie au plus haut niveau.Cette initiative, qui n’est pas secondaire, est liée à celles que nous avons prises avec nos amis allemands, cette semaine même, à Kiev et à Moscou, afin d’aborder la crise ukrainienne à ce niveau.
M. Pierre Cordier
Surtout grâce à la pression américaine !
M. Jean-Yves Le Drian
À ma connaissance, l’Allemagne et la France exercent des responsabilités européennes.
M. Pierre Cordier
Ah bon ?
M. Jean-Yves Le Drian
Le processus du format Normandie doit se prolonger dans ce cadre. Il est plus que jamais d’actualité, étant donné les paramètres que vous connaissez : la nécessité de préserver l’intégrité de l’Ukraine, celle de mettre en garde la Russie contre les conséquences massives qu’entraînerait une initiative d’agression contre l’Ukraine, et celle d’engager le processus conformément aux accords de Minsk – c’est ce qui va se passer.Or, excusez-moi de vous le dire amicalement, vous faites une confusion entre la rencontre qui a lieu à Genève et le format Normandie. À Genève s’est ouvert, et c’est tant mieux, un dialogue stratégique entre la Russie et les États-Unis d’Amérique. Il concerne la réactualisation du traité d’équilibre stratégique START – Strategic Arms Reduction Treaty, ou traité de réduction des armes stratégiques ; elle est nécessaire, après avoir été retardée de cinq ans. En préparation de cet entretien, les autorités américaines nous ont consultés, avant que ne commence la rencontre de Genève.
M. le président
La parole est à M. Charles de la Verpillière.
M. Charles de la Verpillière
Vous m’avez parfaitement compris, et votre réponse constitue un aveu d’échec et un constat d’impuissance de la diplomatie française.
M. Fabien Gouttefarde
Oh !
M. Charles de la Verpillière
Face à une crise grave, qui peut dégénérer en conflit aux portes de l’Europe, notre voix est inaudible.Dans ce domaine, tout est question de volonté et d’énergie. Le président Nicolas Sarkozy avait su en faire preuve en 2008 (Exclamations sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem), lors d’un conflit entre la Russie et la Géorgie, similaire à celui qui oppose la Russie à l’Ukraine. Nicolas Sarkozy, qui assurait alors la présidence de l’Union européenne, comme M. Macron aujourd’hui, avait rencontré les deux parties et avait réussi à les convaincre de s’entendre, le 12 août 2008. Nous mesurons tous, hélas, la perte d’influence de la France, qui exerce pourtant la présidence de l’Union européenne. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)